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Serbie : « La liste des étudiant·es a apporté une approche horizontale de la politique, centrée sur la communauté »

La journaliste et fondatrice de Storyteller.rs témoigne de son travail de reportage sur le tournant politique en Serbie.

Illustration de Clothilde Le Coz

Clothilde Le Coz

30 oct.

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Serbie : « La liste des étudiant·es a apporté une approche horizontale de la politique, centrée sur la communauté »

La journaliste et fondatrice de Storyteller.rs témoigne de son travail de reportage sur le tournant politique en Serbie.

Illustration de Clothilde Le Coz

Clothilde Le Coz

30 oct.

Popol Media (PM) : Comment vivez-vous les récents changements politiques et le mouvement étudiant en Serbie après des années sous le régime de Vučić ?

Vladimira Dorčová-Valtnerová (VDV) : C'est émouvant. Après 10 ou 14 ans à travailler sous un régime qui s'apparentait à une dictature, beaucoup d'entre nous (journalistes) sommes soulagé·es que le changement soit là, même si nous restons prudents. La période Vučić a été extrêmement difficile : les voix indépendantes étaient prises pour cibles et la société était fortement polarisée. Ce que la liste des étudiant·es a accompli en mobilisant les gens dans les grandes villes comme dans les plus petits villages est remarquable. Elle a apporté une approche horizontale, centrée sur la communauté, plutôt que de se reposer sur une figure de dirigeant omnipotent.

PM : Quel a été le déclencheur de ce mouvement, et comment les étudiant·es se sont-ils mobilisé·es pour les élections ?

VDV : Le tournant a commencé avec l'effondrement meurtrier de la gare ferroviaire de Novi Sad, qui a provoqué une colère généralisée (ndlr: en novembre 2024). Le mouvement étudiant a mené sans relâche des campagnes de terrain, parcourant à pied ou à vélo des villages reculés sous la bannière « Un·e étudiant·e dans chaque village ». Il a contourné le blocage des médias traditionnels grâce à Instagram et au dialogue direct, en convainquant les citoyen·nes que le changement était possible. Les étudiant·es ne cherchaient pas le pouvoir pour elleux-mêmes, mais ont soutenu une liste d'expert·es et de professeur·es capables de siéger au Parlement.

PM : Comment voyez-vous l'évolution de la situation politique en Serbie aujourd'hui, et qu'est-ce qui a rendu ce mouvement si différent ?

VDV : Honnêtement, je ne croyais pas au départ que des étudiant·es puissent provoquer un changement aussi massif par des moyens uniquement pacifiques. Ce qui a vraiment porté ce mouvement, c'est le partage et la diffusion d'amour et de solidarité dans un pays polarisé. Il a montré que la politique n'a pas à être guidée par la peur, la haine ou un dirigeant dominant. Alors que cette nouvelle structure politique émerge au Parlement, nous assistons à un glissement vers une façon de penser plus horizontale, dans laquelle les jeunes et les citoyen·nes ordinaires se voient enfin représenté·es.

Q : Vous avez fondé Storyteller, un média bilingue en slovaque et en serbe. Qu'est-ce qui vous a poussé à créer votre propre rédaction ?

VDV : J’appartiens à la minorité slovaque de Serbie. Les médias minoritaires vivent souvent dans une bulle, n'informant que leur propre groupe, souvent isolé. Je voulais sortir de cela et proposer un journalisme lent, fouillé et professionnel à un public plus large, dans deux langues. J'ai renoncé à ma stabilité financière pour créer Storyteller et aujourd'hui, nous sommes une petite équipe de quatre femmes journalistes, installées dans notre propre espace, et nous nous concentrons sur le journalisme de solutions, les droits humains et les histoires au long-cours des communautés qui nous entourent.

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