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Et la liberté de la presse dans tout ça ?

La campagne des municipales a officiellement démarré le 2 mars. Depuis, on recense des menaces à l’encontre de journalistes locaux de la part de représentant·es de partis politiques. 

Illustration de Clothilde Le Coz

Clothilde Le Coz

10 mars

selective focus photography of people sitting on chairs while writing on notebooks
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Et la liberté de la presse dans tout ça ?

La campagne des municipales a officiellement démarré le 2 mars. Depuis, on recense des menaces à l’encontre de journalistes locaux de la part de représentant·es de partis politiques. 

Illustration de Clothilde Le Coz

Clothilde Le Coz

10 mars

En dix jours, plusieurs incidents ont été recensés : le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy s’en est pris au Courrier Picard avec l’appui du média d’extrême droite Frontières, un adjoint au maire RN a insulté et diffamé nommément un journaliste de la rédaction locale de Var-Matin sur les réseaux sociaux (et dit avoir agi sur ordre de David Rachline). Et on retrouve des cas de menaces envers les journalistes de la presse locale, de Midi Libre à La Voix du Nord en passant par Le Télégramme, le réseau ICI, La Nouvelle République… Ces incidents ne sont pas isolés : ils s'inscrivent dans un contexte où les médias deviennent le bouc-émissaire des colères politiques. C’est ce qui a conduit l'Alliance de la Presse d'Information Générale (APIG) à publier une tribune dénonçant le fait que "les médias doivent faire face au quotidien à la polarisation d'un débat public, alimentée par une parole politique parfois violente et décomplexée". L'APIG souligne également que 65 % des Français estiment que la liberté de la presse est menacée, avant de conclure : "L'inquiétude citoyenne est là. Ce sont les relais politiques qui manquent." (lire la tribune ici).

Les responsables politiques, premiers auteurs des atteintes ?

Si les relais politiques manquent, c'est en partie parce que les élus sont eux-mêmes à l'origine d'une part significative des atteintes à la liberté de la presse en France. Dans son rapport sur l’état de la liberté de la presse, l’Observatoire Français des Atteintes à la Liberté de la presse (OFALP) a analysé le profil des auteurs des atteintes recensées à la liberté de la presse en 2024. Dans 41,8% des cas recensés, l’auteur principal de l’atteinte fait partie du groupe des acteurs publics ou des représentants de l’État. Parmi ces cas, le profil d’auteur le plus représenté est celui des forces de l’ordre, suivis par les parlementaires élus impliquant des députés - tous affiliés à LR, au RN ou liés à l’extrême droite.

Plus largement, la politique constitue la majorité des contextes dans lesquels des atteintes sont commises. Et au sein de l'échiquier politique, l'extrême droite est nettement surreprésentée : dans les deux tiers des cas où un journaliste victime d'une atteinte couvrait une thématique politique, son travail était lié à l'extrême droite. Puis viennent la droite, puis ex æquo le trio : centre, gauche et extrême gauche.

La polémique comme stratégie

Bruno retailleau l’a dit lui-mêmechaque polémique m’a servi. Elles m’ont permis de passer par-dessus la tête du petit monde médiatico-politique pour parler directement aux Français”. Les règles du jeu sont claires: créer les polémiques pour faire diversion. 

L'information cadenassée : une entrave silencieuse 

Aux menaces directes s'ajoute une forme d'entrave moins visible mais tout aussi efficace : le verrouillage de l'accès à l'information. Refus de répondre aux sollicitations, conférences de presse réservées à certains médias, documents officiels rendus inaccessibles, sources intimidées ou muselées… autant de pratiques qui empêchent les journalistes de faire leur travail en amont, avant même qu'iels puissent publier. Cette rétention organisée de l'information prive les citoyen·nes d'une couverture complète et indépendante de la vie publique. Elle constitue une atteinte à la liberté de la presse aussi grave que les pressions exercées après publication.

Liberté d'expression et liberté de la presse : deux notions distinctes

Face à ces dérives, il importe de rappeler une distinction fondamentale. La liberté d'expression garantit à toute personne le droit d'exprimer ses opinions, d'être informée et de diffuser des informations. La liberté de la presse, elle, protège spécifiquement les journalistes dans leur mission : enquêter librement, informer les citoyen·nes sur les sujets de leur choix, diffuser des avis différents, commenter, débattre, critiquer. Les deux notions sont complémentaires ; il ne peut pas y avoir de presse libre sans liberté d'expression. Elles ne sont pas interchangeables.

Or c'est précisément cette distinction qui est aujourd'hui brouillée. Dans un climat où l'on parle de "vérités alternatives", la vérité est traitée comme une opinion parmi d'autres, et les faits réduits à de simples points de vue. C'est dans cet espace que prospèrent les atteintes à la liberté de la presse.

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