En dix jours, plusieurs incidents ont été recensés : le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy s’en est pris au Courrier Picard avec l’appui du média d’extrême droite Frontières, un adjoint au maire RN a insulté et diffamé nommément un journaliste de la rédaction locale de Var-Matin sur les réseaux sociaux (et dit avoir agi sur ordre de David Rachline). Et on retrouve des cas de menaces envers les journalistes de la presse locale, de Midi Libre à La Voix du Nord en passant par Le Télégramme, le réseau ICI, La Nouvelle République… Ces incidents ne sont pas isolés : ils s'inscrivent dans un contexte où les médias deviennent le bouc-émissaire des colères politiques. C’est ce qui a conduit l'Alliance de la Presse d'Information Générale (APIG) à publier une tribune dénonçant le fait que "les médias doivent faire face au quotidien à la polarisation d'un débat public, alimentée par une parole politique parfois violente et décomplexée". L'APIG souligne également que 65 % des Français estiment que la liberté de la presse est menacée, avant de conclure : "L'inquiétude citoyenne est là. Ce sont les relais politiques qui manquent." (lire la tribune ici).
Les responsables politiques, premiers auteurs des atteintes ?
Si les relais politiques manquent, c'est en partie parce que les élus sont eux-mêmes à l'origine d'une part significative des atteintes à la liberté de la presse en France. Dans son rapport sur l’état de la liberté de la presse, l’Observatoire Français des Atteintes à la Liberté de la presse (OFALP) a analysé le profil des auteurs des atteintes recensées à la liberté de la presse en 2024. Dans 41,8% des cas recensés, l’auteur principal de l’atteinte fait partie du groupe des acteurs publics ou des représentants de l’État. Parmi ces cas, le profil d’auteur le plus représenté est celui des forces de l’ordre, suivis par les parlementaires élus impliquant des députés - tous affiliés à LR, au RN ou liés à l’extrême droite.
Plus largement, la politique constitue la majorité des contextes dans lesquels des atteintes sont commises. Et au sein de l'échiquier politique, l'extrême droite est nettement surreprésentée : dans les deux tiers des cas où un journaliste victime d'une atteinte couvrait une thématique politique, son travail était lié à l'extrême droite. Puis viennent la droite, puis ex æquo le trio : centre, gauche et extrême gauche.



