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Interview exclusive avec Ksenia Fadeeva, opposante politique russe

Ksenia Fadeeva est une opposante politique russe, ancienne membre collaboratrice d'Alexeï Navalny. Elle a été condamnée à 9 ans de prison par le régime russe et a été relâchée dans le cadre d'un accord d'échange négocié le 1er août 2024 entre la Russie et le Bélarus d'une part, et l'Allemagne, la Norvège, la Pologne, la Slovénie et les États-Unis. 

Illustration de Clothilde Le Coz

Clothilde Le Coz

23 nov.

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Interview exclusive avec Ksenia Fadeeva, opposante politique russe

Ksenia Fadeeva est une opposante politique russe, ancienne membre collaboratrice d'Alexeï Navalny. Elle a été condamnée à 9 ans de prison par le régime russe et a été relâchée dans le cadre d'un accord d'échange négocié le 1er août 2024 entre la Russie et le Bélarus d'une part, et l'Allemagne, la Norvège, la Pologne, la Slovénie et les États-Unis. 

Illustration de Clothilde Le Coz

Clothilde Le Coz

23 nov.

Ksenia Fadeeva est une opposante politique russe, ancienne membre collaboratrice d'Alexeï Navalny. Elle a été condamnée à 9 ans de prison par le régime russe et a été relâchée dans le cadre d'un accord d'échange négocié le 1er août 2024 entre la Russie et le Bélarus d'une part, et l'Allemagne, la Norvège, la Pologne, la Slovénie et les États-Unis. 

Elle croit qu'il est dans l'intérêt de la Russie d'être un pays pacifique et démocratique, un pays avec lequel les autres pays souhaitent coopérer, un pays où les gens aspirent à recevoir une éducation et des soins de santé de qualité. Elle travaille aujourd’hui sur la question des prisonniers politiques russes, œuvre pour leur libération et pour que les demandes de libération soient incluses dans toute négociation de paix en Ukraine Pour elle, les otages civils doivent être rendus à l’Ukraine et les prisonniers politiques russes, incarcérés simplement pour avoir dénoncé Vladimir Poutine et la guerre, ne doivent pas rester en prison. Popol l’a interviewée. 

Réponses recueillies par Clothilde Le Coz

 Selon vous, comment la guerre a-t-elle transformé le système politique russe ?

 La Russie a instauré un régime autoritaire répressif qui, ces trois dernières années et demie, est devenu de plus en plus totalitaire : l'opposition intérieure a été quasiment anéantie, de même que la liberté de la presse ; la moindre manifestation est réprimée avec une extrême brutalité ; le principal opposant de Poutine, Alexeï Navalny, a été tué en détention ; et l'accès à Internet est restreint. Désormais, l'État s'immisce également dans la vie privée des citoyen·nes : les droits des personnes LGBTQIA+ sont criminalisés ; l'avortement n'est pas encore interdit, mais tout évolue dans ce sens. Et, bien sûr, la destruction massive des médias indépendants et de l'opposition en Russie en 2021 préparait l'invasion de l'Ukraine en 2022 ; cela est désormais une évidence. 

 En octobre, les dirigeants de l'UE ont salué la décision de Washington d'imposer de nouvelles sanctions à deux grandes compagnies pétrolières russes, affirmant que cela accroîtrait la pression sur Moscou pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Qu'en pensez-vous ?

 Je ne suis pas une experte en sanctions. Mais, bien sûr, je crois qu’elles sont d’abord nécessaires contre les dirigeants russes et leur entourage, et ensuite contre les pays qui continuent d'acheter de l'énergie à la Russie. Les sanctions visant les citoyen·nes russes ordinaires ont l'effet inverse ; elles ne font que confirmer le discours de propagande russe selon lequel « l'Occident combat tous les Russes ». Je fais notamment référence à la récente décision d'interdire les visas à entrées multiples pour l'UE aux citoyen·nes russes. Les espion·nes ont déjà des passeports ou des permis de séjour de pays européens ; ils n'utilisent pas de visas à entrées multiples… La présidente du Conseil de la Fédération de Russie, Valentina Matvienko, dont la signature figure sur la résolution autorisant l'envoi de troupes en Ukraine, s'est rendue en Suisse cette année avec les députés Tolstoï et Slutsky. L'Italie leur a accordé l'autorisation de survoler son territoire. Cela fait quatre ans que la guerre a commencé.

 Cette décision d'interdire les visas à entrées multiples est un coup dur pour les militant·es et les journalistes resté·es en Russie. Un visa peut être vital lorsqu'on sait qu'on risque d'être arrêté d'un jour à l'autre, et un visa à entrées multiples est un moyen de se protéger. 

Comment évaluez-vous le soutien réel dont bénéficie l'opposition au sein de la population ?

 Malheureusement, je ne dispose pas des outils nécessaires pour évaluer le soutien à l'opposition en Russie. La Russie est un régime autoritaire, et les gens craignent de répondre honnêtement aux questions des sociologues. On plaisante même : « Bonjour. Veuillez répondre à cette question : soutenez-vous Vladimir Poutine et la mise en œuvre de « l’opération spéciale », ou préférez-vous aller en prison pendant 10 ans ? ». 

 Je peux dire que lorsque je me suis présentée aux élections de la Douma de Tomsk il y a cinq ans et demi, la demande de changement était forte au sein de la population. Je n'ai jamais caché mon soutien à la campagne de Navalny ; c'était écrit sur mon affiche de campagne, et les gens ont voté pour moi. Ces personnes sont toujours là ; certes, environ un million de personnes ont quitté la Russie après le début de la guerre, mais 140 millions y sont restées. Même selon les sondages réalisés par des sociologues proches du gouvernement, la société est lasse de la guerre. Bien sûr, la lassitude de la guerre n'équivaut pas à un soutien à l'opposition, mais je pense qu'il est très symptomatique et crucial de comprendre que la guerre d'agression contre l'Ukraine n'est pas devenue une « guerre populaire » en Russie. Il n'y a pas de files d'attente devant les bureaux de recrutement militaire, et les autorités doivent offrir des sommes considérables pour inciter les hommes à s'engager. 

 Si l’on parle de la société civile russe en général, la principale idée fausse est peut-être que tous les Russes soutiennent la guerre et que tous ceux qui voulaient partir sont déjà partis. Ce n’est pas vrai. 

 Vous avez récemment déclaré que la société civile russe est vivante, mais « paralysée pour survivre ». Qu’entendez-vous par là ?

 Toute activité liée à l'opposition en Russie est désormais criminalisée. Mais il reste encore des millions de personnes bienveillantes en Russie, qui s'efforcent de tisser des liens et de préserver leur identité. Elles participent à des initiatives environnementales (dont la plus notable et la plus répandue est le nettoyage des plages d'Anapa après la marée noire), sauvent des animaux errants, participent aux recherches de personnes disparues et certaines siègent encore aux élections municipales comme candidates ou observateurs.

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