Il suffit de regarder autour de nous pour mesurer à quel point l’Espagne fait figure d’exception en Europe. Alors que l’extrême droite progresse partout, que la droite traditionnelle s’y aligne idéologiquement sans trop de scrupules (que ce soit au Parlement européen où le PPE vote désormais des textes avec l’extrême droite, où au niveau national où des responsables politiques de droite, à l’instar de Nicolas Sarkozy, appellent à “faire sauter” le barrage républicain), l’Espagne persiste à gouverner à gauche, joindre les actes au discours et assumer des politiques de transformation sociale, démocratique et féministe. Une anomalie réconfortante dans un paysage politique européen de plus en plus assombri.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’énergie démocratique qui irrigue le pays depuis une dizaine d’années. L’Espagne n’a rien d’un laboratoire théorique : elle expérimente vraiment. C’est à Barcelone qu’est née Decidim, l’une des plateformes de démocratie participative en open source les plus utilisées au monde. Elle permet aux citoyen·nes de co-construire des budgets, d’amender des politiques publiques, de participer à l’aménagement urbain ou de proposer des mesures écologiques. À l’heure où une partie de l’Europe se replie sur un modèle vertical, l’Espagne continue d’inventer des formes de pouvoir plus ouvertes, plus collaboratives, plus horizontales. Et peut-être est-ce là le premier enseignement : gouverner à gauche, c’est accepter de ne pas gouverner seul·e.
Ce choix est également politique et stratégique. En Espagne, la gauche a compris que la fragmentation pouvait être mortifère. Unidas Podemos, puis Sumar, ont connu des conflits internes, des défections, des désaccords publics, mais malgré cela, l’alliance avec le PSOE s’est maintenue. La coalition n’est pas née d’une harmonie parfaite, mais d’un constat simple : on n'accède pas au pouvoir sans union et l’Espagne a démontré que l’union n’est pas une utopie, mais une stratégie électorale gagnante, tout comme l’ont rappelé la NUPES et le NFP chez nous.






