Logo du site Popol Media

Les premières femmes flics

Connaissez-vous Simone Monvert et Berthe Rolland ? Ces deux femmes sont des pionnières puisqu’elles ont constitué, en 1935, la première brigade féminine d’assistantes de police.

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

12 nov.

a close up of a police car with its lights on
Logo du site Popol Media

Les premières femmes flics

Connaissez-vous Simone Monvert et Berthe Rolland ? Ces deux femmes sont des pionnières puisqu’elles ont constitué, en 1935, la première brigade féminine d’assistantes de police.

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

12 nov.

Connaissez-vous Simone Monvert et Berthe Rolland ? Ces deux femmes sont des pionnières puisqu’elles ont constitué, en 1935, la première brigade féminine d’assistantes de police. Dans une vidéo de Gaumont Actualité datant du 19 avril 1935, ont voit les deux femmes saluer le préfet de Police et une voix qui nous explique « Le féminisme remporte une victoire ! Si les femmes n’ont pas pu pénétrer le parlement, elles ont conquis la préfecture de police. » Et ce fait, la création de cette toute première brigade féminine est le résultat d’une longue lutte menée depuis une vingtaine d’années par le Conseil national des femmes françaises, une association suffragiste créée en 1901 et d’inspiration protestante. Cette association a milité auprès du conseil de Paris avec l’aide des conseillers municipaux issus de la droite modérée. Le faible investissement de la gauche et notamment des femmes communistes est liée à une profonde méfiance de ces dernières à l’endroit d’une institution qui les harcèle. On peut donc comprendre leur frilosité à l’idée de faire de la féminisation de la police un combat féministe. 

Issues du corps des assistantes sociales, mis en place dans les années 20, le rôle de cette première brigade féminine était plus préventif que répressif. Chargée de veiller à la protection de l’enfance, elle faisait des rondes autour des écoles et des jardins, prévenait le vagabondage scolaire (i.e. l’école buissonnière) et veillait à la sécurité des femmes. A l’instar des assistantes sociales, ce sont elles qui pénétraient, sans armes, dans les foyer violents pour en évaluer les problématiques et envisager des solutions. Non armées, Simone Monvert et Berthe Roland avaient toutefois le pouvoir d’arrestation et de donner des amendes. Elles étaient reconnaissables à leur grand manteau « bleu préfecture » qu’elles portaient par-dessus un tailleur pantalon bleu préfecture. Leur uniforme était parachevé par un chapeau de feutre à l’insigne de la ville de Paris.

Fin 1938, les femmes étaient 5 dans la fameuse brigade, Jeanne Begou, Odile Rieder et Huguette Laurent ayant rejoint Simone Monvert et Berthe Roland. La féminisation de la police a poursuivi sa lente évolution, la lutte pour l’égalité salariale ayant remplacé les seules revendications purement féministes (féminisation professionnelle et protection des citoyennes). En 1974, les femmes sont admises au concours d’inspecteur de police et en 1984 à celui des Officiers de la paix. Cette féminisation n’a jamais été souhaitée par l’institution et a toujours été imposée « d’en haut », comme on dit, par des choix politiques de ministres et même de présidents de la République (c’est à Giscard d’Estaing que les femmes doivent leur admission au concours de commissaires en 1974). A noter aussi que la police est une des rares institutions où l’hégémonie masculine n’a jamais été vraiment menacée, malgré une féminisation en constante croissante. Les quotas, officiels entre 1935 et 1992, sont devenus officieux et l’on joue sur les questions de morphologie et sur les épreuves sportives pour s’assurer que jamais les femmes ne puissent menacer l’accession des hommes à quelques postes que ce soit. L’image de la femme flic, exceptionnelle en 1935, est maintenant devenue une figure plus ordinaire, comme en témoigne la pop culture et notamment les séries télévisuelles qui mettent en scène des personnages de policière à tous les échelons possibles.

Simone Monvert, première femme flic, a documenté son travail dans un journal dont on peut lire quelques pages au musée Carnavalet. L’accession de ces femmes à l’époque avait fait grand bruit, et avait, au-delà de l’évènement et des critiques, soulevé une vague d’espoir, celle d’une ville aux rues plus sûres pour les femmes et les enfants… Cet idéal, en même temps que l’esprit de résistance de l’après-guerre, s’est perdu dans une philosophie du maintien de l’ordre répressive et meurtrière. Se rappeler l’histoire de Simone et Berthe n’est pas seulement rendre hommage à des pionnières et saluer le féminisme mais se rappeler de ce qui aurait pu advenir et fournir une base de réflexion pour la suite, car au milieu du chaos, une pensée rassurante : ce qui a déjà existé peut encore revenir.

Soutenez Popol Media

Aidez-nous à rester indépendantes