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Eloge de l’optimisme sexuel

Entre la charge affective, le coût de la séduction, les sempiternels scripts relationnels, les violences — de quelque nature qu’elles soient — tout ceci en vaut-il vraiment la peine ? 

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

19 févr.

Four feet with red nail polish resting on white bed sheets
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Eloge de l’optimisme sexuel

Entre la charge affective, le coût de la séduction, les sempiternels scripts relationnels, les violences — de quelque nature qu’elles soient — tout ceci en vaut-il vraiment la peine ? 

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

19 févr.

Dans le sillage de #MeToo et au milieu des affaires Epstein, Pélicot ou encore French Bukkake, notre sexualité apparaît comme un champ de ruines. Et même si toutes les femmes ne sont pas sédatées par leur conjoint puis offertes en pâture à une centaine d’hommes, nous sommes nombreuses à nous interroger : entre la charge affective, le coût de la séduction, les sempiternels scripts relationnels, les violences — de quelque nature qu’elles soient — tout ceci en vaut-il vraiment la peine ? 

Cette interrogation n’est d’ailleurs pas neuve : elle traverse l’histoire du féminisme. Une égalité sexuelle entre les hommes et les femmes sera-t-elle jamais possible ? Et pour y parvenir, quelle stratégie adopter : faire sécession et renoncer aux hommes, comme le prônaient Monique Wittig et, plus récemment, Ovidie ? Ou bien le salut passerait-il, au contraire, par une sexualité conquérante et totalement libre, semblable à celle des hommes (ou, du moins, à ce que nous croyons qu’elle est) ?

Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes femmes traumatisées par les violences et les abus, ou tout simplement épuisées d’affronter des normes ahurissantes, sont tentées de renoncer au couple. Les Américain·es ont même inventé un mot qui fait son chemin en France : l’hétérofatalisme. Et ce constat n’a rien de surprenant ; il paraît même, à l’aune de l’actualité, frappé au coin du bon sens.

C’est un fait : nos désirs sont construits et façonnés par le patriarcat. Nous sommes biberonnées à la culture du viol, éduquées pour obéir à des scénarios amoureux proprement confondants. Mais au milieu de tout cela, qu’en est-il de l’expression de nos désirs ? On peut même légitimement se demander, sans être une réactionnaire, où se place le curseur du féminisme lorsque le désir féminin est systématiquement soupçonné de ne pas être autonome. On parle de violence, d’abus, de fatigue, de dégoût, de misandrie… mais qu’en est-il de notre sexualité, de sa place dans nos vies, dans nos couples, de la manière dont nous pouvons — ou non — la vivre, l’exprimer ? Toutes les femmes vivent-elles la même chose, au même moment ? Notre sexualité reste encore nébuleuse, taboue, secrète ; elle demeure le grand chantier post-#MeToo.

On exige des femmes des positions fermes : renoncer, ou savoir exactement ce qu’elles veulent, et être en plus capables de l’exprimer clairement. Or nos désirs obéissent à des élans qui nous sont propres ; ils s’enracinent dans le patriarcat et dans le capitalisme, mais s’incarnent aussi dans nos contradictions, nos limites, dans des contingences sociales situées à l’intersection de tant d’autres choses.

Prôner l’optimisme — et même la joie, pour reprendre le terme choisi par Gisèle Pélicot dans son autobiographie — n’est pas une manière de nier les violences, ni une volonté de trier les victimes. Malgré les grandes déclarations médiatiques, nombreuses sont celles qui souhaitent (et elles en ont parfaitement le droit) conserver les privilèges associés à la vie en couple, tout comme nombreuses sont celles qui ne peuvent se payer le luxe d’embrasser une existence hors norme. Il doit donc exister une autre manière d’aborder nos sexualités que par le seul prisme de la violence et de l’abus. Et puisqu’il ne nous sera sans doute jamais possible — même dans une société plus juste et idéale — de nous protéger de tous les Dominique Pélicot de ce monde, il doit bien exister une manière d’explorer ses désirs sans risquer sa vie. Et puisque nos vulnérabilités ne disparaîtront jamais, et davantage pour certaines que pour d’autres, encore et toujours, nous avons malgré tout le droit de rester optimistes.

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