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En finir avec la violence

Jamais le décalage entre la puissance de nos mobilisations et la réalité des faits n’a été aussi déprimante. Nous avons beau informer, manifester, discuter, financer, les chiffres restent alarmants.

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

26 nov.

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En finir avec la violence

Jamais le décalage entre la puissance de nos mobilisations et la réalité des faits n’a été aussi déprimante. Nous avons beau informer, manifester, discuter, financer, les chiffres restent alarmants.

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

26 nov.

Ce mardi 25 novembre se tenait la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, avec pour l’année 2025, un focus particulier sur les violences conjugales. Jamais le décalage entre la puissance de nos mobilisations et la réalité des faits n’a été aussi déprimante. Nous avons beau informer, manifester, discuter, financer, les chiffres restent alarmants. Entre 2023 et 2024, les féminicides conjugaux ont augmenté de 11%, plus de 900 femmes se sont suicidées suite au harcèlement de leur conjoint ou ex-conjoint, soit une hausse de 17%. Une femme est victime de viol toutes les deux minutes et de harcèlement sexuel toutes les 23 secondes. Quel enfer. 

En janvier 2024, la députée PS, Céline Thiébault Martinez a lancé une grande consultation en vue d’une proposition de loi cadre « intégrale » contre les violences faites aux femmes. Pendant 11 mois, 109 députés de 8 groupes différents (à l’exception du RN) se sont consultés pour lutter plus efficacement dans toutes les sphères de la société (justice, police, santé, travail, éducation, numérique). La loi a été déposée ce lundi 24 novembre devant l’assemblée nationale.

Il est évident que la solution réside dans un appareil législatif efficace et coercitif mais malgré tout l’ampleur des chiffres, régulièrement en hausse, la sidération provoquée par l’affaire Pélicot ou encore le procès French Bukkake, sans même parler de l’abbé Pierre nous oblige à nous poser cette question : sera-t-il possible, un jour de nous protéger définitivement des violences sexistes et sexuelles ?

Depuis toujours le mouvement féministe a tenté de répondre à ces questions. Il y a les féministes que l’on pourrait qualifier d’anti-sexe, pour lesquelles, la seule manière de lutter efficacement contre la violence des hommes est de cesser toute relation avec eux. Une idée qui perdure, qui fait encore des émules parmi les jeunes génération et que l’on retrouve notamment en Corée avec le mouvement des 4B qui consiste à ne pas se marier avec les hommes, ne pas avoir de relation avec eux, ne pas avoir de relations sexuelles avec eux et enfin, ne pas porter leur enfant. Il existe, en miroir, un féministe pro-sexe, qui considère qu’un rapport à la sexualité égal entre les hommes et les femmes permettrait de mettre un terme aux violences et serait source d’émancipation pour les femmes, notamment les plus minorisées et invisibilisées. Ce petit résumé est succinct et demanderait, bien sûr, à être détaillé, ne serait-ce que dans son historicité mais il montre bien, malgré tout, les écueils auxquels les femmes sont confrontées. 

Ces derniers temps, en effet, les articles donnant la parole aux femmes qui renoncent à relationner avec les hommes se multiplient. Ce phénomène sécessionniste est sans doute bien plus qu’un effet de mode, en tout cas il est sincère. Mais il porte en lui plusieurs questions et angles morts comme on dit : refuser toutes relations sexuelles ou romantiques avec les hommes n’empêchera jamais que nous soyons obligées de les côtoyer au travail, dans la rue, dans nos foyers, dans nos loisirs. Par ailleurs, toutes les femmes ne peuvent pas se permettre de sortir sans heurts et sans dommages de la norme conjugale et familialiste. Il faut de nombreux privilèges financiers et sociaux pour soutenir une solitude résidentielle choisie, toutes les femmes ne peuvent y prétendre. Sans même parler de celles, et elles ont bien le droit, qui n'entendent pas du tout cesser de fréquenter des hommes de quelques natures que soit ce lien. 

Quant à revendiquer une liberté de jouir comme les hommes, sans entraves et telle qu’on est, c’est aussi une manière de voir les choses, mais à condition de savoir que cela repose sur une négation des rapports de domination qui régissent notre société.

Alors si cela n’était pas possible ? Si rien ne pouvait nous protéger de tous les Dominique Pelicot et Jonathann Daval de ce monde, que faire de cette indécrottable vulnérabilité ? Et comment continuer de vivre tous ensemble ?

Ces interrogations, il nous semble, valent la peine qu’on se les pose. Non pas comme une fatalité, il faut bien sûr définitivement vaincre la violence patriarcale, mais comme une nécessité. La sexualité, nos désirs, avec ou sans la violence des hommes, restent un lieu de joie autant que de ténèbres. Peut-être serait-il intéressant de réfléchir à notre rapport à la sexualité, à la conjugalité, à la place que cela occupe dans notre existence, les risques que cela nous fait prendre.

Et ce faisant, nous pousse à continuer de nous poser cette question : « que faut-il vraiment pour renverser le patriarcat ? »

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