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“Mary la casseuse”, les femmes, le féminisme et le fascisme

La polarisation des genres étant une des composantes de la société fasciste, les hommes sont forts, virils et bagarreurs, là où les femmes n’ont d’autre rôle que celui de la reproduction et de la maternité. Elles sont donc censées être douces, maternelles, modestes et de vaillantes gardiennes de l’ordre établi. 

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

04 févr.

A large group of people standing in the street
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“Mary la casseuse”, les femmes, le féminisme et le fascisme

La polarisation des genres étant une des composantes de la société fasciste, les hommes sont forts, virils et bagarreurs, là où les femmes n’ont d’autre rôle que celui de la reproduction et de la maternité. Elles sont donc censées être douces, maternelles, modestes et de vaillantes gardiennes de l’ordre établi. 

Illustration de Camille Dumat

Camille Dumat

04 févr.

Est-il utile de le rappeler, il ne fait pas bon être une femme sous un régime fasciste, de quelque nature qu’il soit. La polarisation des genres étant une des composantes de la société fasciste, les hommes sont forts, virils et bagarreurs, là où les femmes n’ont d’autre rôle que celui de la reproduction et de la maternité. Elles sont donc censées être douces, maternelles, modestes et de vaillantes gardiennes de l’ordre établi. 

Pourtant certaines s’y sont frottées, y ont même joué un rôle important comme Margherita Sarfatti en Italie, aussi appelée la “Muse du Duce” ou encore Leni Riefensthal, la maîtresse d’Hitler qui s’est servi de son art, notamment le cinéma, à des fins de propagandes redoutablement efficaces. 

L’histoire de Mary Rileigh Richardson, dite “Mary la Casseuse”, moins connue, n’en est pas moins assez éloquente. Née en 1889 au Canada, elle s’installe rapidement en Angleterre où elle milite avec les suffragettes pour l’obtention du droit de vote entre les années 1910 et 1920. C’est le vendredi noir de 1910 et la violente répression policière contre les militantes féministes qui la poussent à l’action. Elle est arrêtée neuf fois en deux ans, et fait une grève de la faim. Le 10 mars 1914, elle lacère La Vénus au miroir, le tableau de Velasquez à la National Gallery. On dénombre pas moins de 7 entailles sur la toile. C’est cette radicalité et son “énergie” en manifestation qui lui vaut le surnom de “Mary la Casseuse”. Son CV féministe est plutôt irréprochable, si l’on y ajoute le fait qu’elle se soit présentée par 4 fois aux éléctions législatives sous la banière du parti travailliste en 1922, 1924, 1926, 1931. 

Comment expliquer alors qu’en 1934, elle rejoigne le British Union of Fascists de Mosley, aux côtés de deux autres militantes “féministes”, Mary Sophia Allen et Norah Elam ?

Cette incohérence politique interroge d’autant plus que May La Casseuse, ne s’est jamais exprimé sur les raisons de ce revirement même si de nombreux chercheuses et chercheurs ont fait le lien entre la radicalité du suffragisme, ses dérives autoritaires et l’émergence du fascisme, notamment en Angleterre dans les années 20. Par ailleurs, il peut arriver de voir des militant·es se radicaliser sur un spectre qui peut aller de la plus extrême des gauches à la plus extrême des droites.    

Dans une précédente newsletters consacrée aux femmes d’extrême-droite nous avions évoqué la façon dont les extrêmes droites usent du féminisme pour rallier des électrices et des militantes à leur cause. Comme c’est le cas pour Marine Le Pen qui prétexte la lutte contre les violence sexuelles et sexistes pour stigmatiser les jeunes hommes immigrés comme des violeurs en puissance. Ou pour Giorgia Meloni qui se campe en femme divorcée, libre et autonome. 

Il ne s’agit pas d’être une femme ou se prétendre féministe pour être immunisée contre la tentation fasciste surtout si l’on considère le féminisme comme une philosophie de vie à destination des femmes ou comme une ressource infinie de stratégie politique. On reproche souvent au féminisme d’être excluant et sectaire, c’est pourtant dans son infinie capacité à relier entre eux des mouvements qui n’ont parfois pas toujours les mêmes intérêts, ni la même histoire, qu’il est le plus fort et le plus efficace. 

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