Les combats politiques ont toujours eu besoin de visages, de voix, de récits capables de rendre visibles des réalités abstraites. Une cause sans incarnation peine à mobiliser. Elle reste théorique, lointaine, désincarnée. Donner un corps à une lutte, c’est souvent lui donner une chance d’exister dans l’espace public.
Mais le glissement de l’incarnation à la starification n’est jamais loin.
Lorsque quelques figures concentrent l’attention médiatique et politique, la focale se déplace. On ne parle plus seulement des rapports de domination, des lois, des structures. On parle d’elles, de leur style, de leur personnalité, de leurs contradictions. La complexité des enjeux se réduit parfois à des trajectoires individuelles. Et peu à peu, la lutte risque de se raconter davantage que de se mener.
Ce phénomène produit des effets très concrets. D’abord, il peut favoriser une forme de dépolitisation. À force de surresponsabiliser certaines figures, on finit par se désengager. Quelqu’un·e parle pour nous, mieux que nous, plus fort que nous. On relaie, on applaudit, on commente et l’on confond parfois visibilité et action. Or une lutte ne peut pas reposer durablement sur la représentation. Elle a besoin de participation et d’action.






